Pauline Pelsy-Johann


INTERVIEW

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs dans un court synopsis ?

Je suis autrice-réalisatrice de films documentaires et de court métrage fiction. Je travaille également comme scénariste et script doctor en France et aux Etats-Unis. J’enseigne le cinéma dans le programme de Smith College à Paris, une université américaine où j’ai étudié aux USA. J’interviens également dans le Master Cinéma anthropologique et documentaire de Nanterre (Paris 10) et dans différentes structures de formation privées et publiques. J’aime trouver un équilibre entre création personnelle et transmission de ma passion pour le cinéma.

Définissez votre univers cinématographique en 5 mots ou expressions ?

Poétique, politique, sensoriel, social, humaniste.

Quelle est la genèse de votre documentaire "Entre les barreaux les mots" ?

C’est en rencontrant l’association Lire c’est vivre qui intervient dans les cercles de lecture dans la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis que le désir de réaliser ce film est né. L’association fêtait leurs 30 ans en 2017 et était ouvert à la réalisation d’un film sur leur activité pour cette occasion. Sans l’implantation solide de l’association dans la pénitentiaire, le film aurait tout simplement été impossible à réaliser. Fleury-Mérogis est le plus grand établissement pénitentiaire d’Europe, avec un système de sécurité singulier et contraignant. Je me suis donc rendue sur place, pendant une année, une à deux fois par mois, en observation à la rencontre des détenu.es et des membres de l’association passeurs de mots pour écrire le film. Depuis l’adolescence, je suis traversée par la question de l’enfermement. Aussi, j’aime les défis de mise en scène et ici tout était contrainte : les angles de vues à éviter, l’anonymat des personnes détenues, la circulation dans les divers espaces carcéraux

La lecture et les mots sont-ils des moyens d'évasion autorisés pour quitter les murs de la prison ? Quel regard votre caméra a-t-elle porté sur ces hommes et ces femmes rencontrées ?

Plus qu’une évasion, la lecture à voix haute dans ce contexte particulier permet aux prisonniers de se constituer un nouveau langage avec un vocabulaire enrichi, et par cela de construire une identité qui leur est peut-être plus personnelle, loin du monde dans lequel ils ont évolué à l’extérieur. J’ai voulu filmer l’intimité des voix qui se libèrent par la lecture en contraste avec les corps conditionnés par l’enfermement. Ma caméra montre des corps beaux, esthétisés, dans le but de rendre à l’image les personnes détenues dans toute leur dimension de dignité et d’humanité. La première fois qu’on se rend en prison, on ne peut pas s’empêcher d’être traversé par des idées et des fantasmes préconçus sur l’univers carcéral. Or, ce qui m’a frappé, en me rendant dans les bibliothèques et les cercles de lecture, c’est comment le pouvoir de la littérature amène à effacer les frontières entre les êtres. Les masques et les postures tombent. Seuls les mots remplissent l’espace. Il n’y a plus que ça qui compte. Et on n’oublie très vite que nous sommes en prison, enfermés, avec des personnes qui ont commis des crimes. C’est ce que j’ai voulu rendre à l’écran, de manière sensorielle et organique, comme j’en avais fait l’expérience. Ainsi, la caméra filme à hauteur d’homme : le spectateur est assis à la table des lecteurs, comme je l’ai été. Cela permet une identification du spectateur aux personnes détenues et appuie sur la nécessité de la culture en prison.

Que retenez-vous de cette aventure artistique et humaine ?

Cette aventure artistique et humaine, qui a duré plus d’un an et demi, a été éprouvante – par la lourdeur logistique - autant qu’émouvante avec les rencontres faites. Les entretiens que j’ai pu réaliser en tête à tête avec cinq personnes détenues étaient une première dans cet établissement et, malgré l’inconfort de la logistique du tournage, de réels moments d’intimité, de confidences, ont surgit. Ces moments d’humanité sont ce pour quoi je fais du cinéma : guider l’autre à accoucher de lui-même, à se révéler, dans le respect et le don. J’ai voulu ici être messagère entre le dedans et le dehors en ouvrant une fenêtre différente sur la représentation du monde carcéral. Pour la petite anecdote, quand je suis retournée dans l’établissement pénitentiaire pour projeter le film auprès des « acteurs » du film, l’émotion partagée est toujours un moment intense et inoubliable.

Présentez la bande annonce de votre documentaire engagé avec vos mots, vos émotions à nos lecteurs en quelques phrases ?

Il est toujours difficile de faire une bande annonce d’un film documentaire qui retranscrit le propos et l’univers cinématographique du film. Néanmoins, je suis satisfaite du trailer qui montre sans trop révéler l’entièreté du contenu. J’espère que cela donnera à vos lecteurs l’envie de découvrir le film actuellement disponible en streaming et en téléchargement sur viméo : le lien envoie sur la page Vimeo on Demand, on peut y lire la bande annonce et acheter/louer le film : https://vimeo.com/ondemand/entrelesbarreauxlesmots

Je vous laisse conclure.

« Entre les barreaux les mots » (56’) est sorti en salle en juin 2018 au Cinéma le Saint-André des arts et poursuit depuis sa carrière dans de nombreuses salles en région et en festivals. Il a remporté le Prix du Best Blog Doc au Mediterranean Film Festival.

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