Fred le Chevalier


INTERVIEW

Pouvez-vous vous présenter en quelques phrases ?

Je m'appelle Frédéric, 46 ans, originaire d'Angoulême en Charente et vivant à Paris depuis quelques temps. Je dessine depuis 2003. Au départ des dessins seulement pour moi, comme un journal intime avec comme déclencheur un passage à la boutique d'une artiste tourangelle devenue tatoueuse nommée Béatrice Myself au trait naïf et poétique. C'était un retour vers une passion d'enfance perdue. J'y voyais un exutoire, une façon de poser des émotions et de se construire des portes bonheurs. Je les ai montré autour de moi, offerts à qui aimait puis déposer sur internet sous le nom de Fred le chevalier, envoyés à des inconnus qui me renvoyaient ensuite des photos de ces dessins avec eux, ce que j'appelais mes dessins voyageurs. Rapidement je me suis mis à coller dans la rue, j'ai fait une première exposition en 2012, pas mal d'autres ont suivies ainsi que des rencontres, interventions dans des associations, hôpitaux, écoles, maison d'arrêt etc...

Comment définiriez-vous votre univers pour nos lecteurs ?

Définir c'est toujours compliqué et un peu à contre sens puisque je suis venu au dessin comme à un terrain sans mots, sans pensées avec l'envie très classique d'y trouver un exutoire sans réfléchir, il s'agit plus de ressentir que d'intellectualiser. C'est en répondant à des questions, écoutant les retours que j'ai regardé ce que je faisais, sans surprise on dessine, raconte qui on est, ce qu'on cherche, ce qu'on trouve. Je dessine un personnage alter égo puis d'autres qui en découlent au visage allure de masque, de noir et de blanc, plutôt androgyne ( on voit toujours des femmes là où je pense représenter des hommes), entre l'enfance et l'âge adulte, pas vraiment d'une époque non plus. C'est sans doute cette absence de codes, genre et âge qui permet que les amateurs de mes dessins soient si différents les uns des autres. Ces personnages sont représentés en noir et blanc, face à un monde qui n'est peu représenté ils cherchent un ailleurs, des bulles, du tendre, du doux. On peut les trouver accompagnés d'animaux, hybrides, décors de forêts un peu magiques, se blottissant les uns contre les autres, dansant, ou nous faisant face dans des attitudes protectrices.

Ces dessins ont une vie de papier classique avec des expositions, publication de petits recueils avec la galerie eko sato dans le vingtième à paris et une autre en extérieur. Si tout commence avec du papier et une table j'ai eu l'envie de coller mes dessins sur des murs comme une façon de les faire voyager sans rendre de comptes. Je colle donc mes dessins, imprimés en petit ou à taille humaine, sur mes trajets, là où je vis, près de qui je visite. Ceux-là sont agrémentés de touches de couleurs pour intégrer le paysage, leur donner une lumière. Je les dépose comme on le ferait pour du papier peint mais sur des murs abimés, sales de préférence. Chacun peut s'en saisir, les interpréter ou bien entendu y être hostile ou indifférent.

Je vous propose un portrait chinois lié à votre art :

Si vous étiez une couleur, vous seriez ...

Hum....une couleur...il n'y en a pas dans mes dessins, ils restent en noir et blanc, plus accessible, familier, confortable, je cherche à y placer une lumière, entre rêves et cauchemars alors la lumière, pas une couleur.

Si vous étiez un paysage, vous seriez ...

Le paysage serait une forêt, j'ai toujours vécu en ville, pas loin d'un mini bois qui me paraissait protecteur alors la forêt comme un espace de paix.

Si vous étiez un tableau, vous seriez ...

Un tableau de Bosch pour le côté foisonnant, grouillant des images que j'ai en tête.

Si vous étiez une caricature, vous seriez ...

Pour la caricature je sèche mais un monstre, un monstre doux forcément.

Quelle serait la quête ultime de Fred le Chevalier armé d'encre, papiers et ciseaux ? Pour quelle princesse ou quel royaume ?

C'est toujours une quête de bulles, d'espace de paix, du tendre aussi. En période de paix comme de tensions je dessine un cheminement entre rêve et cauchemar, joies et peines. Mes personnages regardent le monde tel qu'il est je crois, y vivent, dans la violence des rapports humains donc ils cherchent forcément à bâtir, trouver un ailleurs, à se protéger. Le royaume c'est l'imaginaire autant que l'espace qu'on se construit dans le réel, le plus confortable possible, protecteur possible.

Vous dîtes qu'"on est tous rois d'un pays qui n'existe pas". Décrivez-nous votre royaume idéal ?

Si "on est tous roi d'un pays qui n'existe pas" c'est ce recours à l'imaginaire, j'ai des retours très divers sur un même dessin, je suis toujours assez réticent à les expliquer, les enfermer dans une seule lecture, cela me parait tellement plus riche que chacun s'écoute, interprète, invente. Donc le royaume c'est celui que chacun se dessinera.

Parlez-nous de votre exposition en royaume bordelais début juillet ou d'une actualité de votre choix ?

Mes deux prochaines expositions seront à bordeaux en juillet, chez métavilla pour le week-end d'art contemporain puis à la fin de l'année à la galerie Eko Sato. Ma première exposition à bordeaux, ville pas loin de là où j'ai grandi puis une exposition collective sur le thème du yokaI dans ma galerie de cœur.

Le mot de la fin pour nos lecteurs. Vous êtes le meilleur ambassadeur de votre art.

Le mot de la fin c'est merci, forcément merci.

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Magazine Symbiose #13

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